Sécurité routière

Téléphoner au volant : pourquoi c'est si risqué ?

Par Maxime
5 minutes

Un geste courant, un danger sous-estimé ?

Dans les embouteillages, sur autoroute comme en ville ou en rase campagne, il n’est pas rare d’apercevoir des conducteurs avec un téléphone à l’oreille ou, plus discrètement, le regard baissé vers leur écran. Et pourtant, téléphoner au volant — même avec un kit mains libres — est loin d’être un acte anodin. Au-delà de la simple infraction au Code de la route, c’est un véritable enjeu de sécurité routière, trop souvent sous-estimé par de nombreux usagers.
Mais pourquoi ce geste, si facilement banalisé, peut-il avoir des conséquences dramatiques ?

Téléphone et conduite : un cocktail à haut risque

Le téléphone au volant représente aujourd’hui l’un des principaux facteurs de distraction au volant, aux côtés de la fatigue ou de la vitesse. Selon l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière, un accident corporel sur dix impliquerait l’usage d’un téléphone par au moins un conducteur concerné.
Ce chiffre, préoccupant, tend d’ailleurs à augmenter alors même que de nombreux dispositifs (kit Bluetooth, reconnaissance vocale…) semblent faciliter l’intégration du mobile dans l’habitacle.

Pourquoi l’attention chute-t-elle dès qu’on décroche ?

Même lorsque les deux mains restent sur le volant, le cerveau effectue ce qu’on appelle une « multitâche » : il tente de gérer simultanément la conduite et la conversation. Or, la réalité des neurosciences est implacable : notre capacité d’attention divisée par deux augmente fortement le temps de réaction et dégrade l’efficacité du traitement des informations visuelles et auditives liées à la circulation.
Le simple fait de converser, de formuler des réponses, d’écouter une voix ou un message, détourne une partie du « cerveau conducteur ». De multiples études démontrent ainsi que téléphoner au volant revient, en terme d’attention, à conduire avec 0,5 g d’alcool dans le sang — soit déjà un seuil de danger important.

Focus sur les différentes formes d’usage: tous autant risqués ?

Kit mains libres : une fausse bonne idée ?

Nombre de conducteurs pensent se mettre à l’abri du risque et de la sanction en adoptant l’oreillette Bluetooth ou le kit mains libres intégré au véhicule.
Pourtant, si ces dispositifs retirent le geste physique de tenir un téléphone, ils n’annulent pas l’effet de la conversation sur la concentration ! Ce n’est plus une question de main, mais de cerveau : selon les expérimentations menées dans des simulateurs, la qualité du pilotage baisse d’environ 30% sur des parcours complexes, et le risque de manquer une information essentielle (feu au rouge, piéton, véhicule débouchant) augmente nettement.

L’usage du smartphone pour écrire ou lire : un danger immédiat

La rédaction d’un SMS, la consultation d’un message ou d’une notification sur écran tactile représente le summum du danger. En moyenne, composer ou lire un court message mobilise les yeux du conducteur pendant 3 à 5 secondes.
À 90 km/h, cela revient à parcourir près de 100 mètres... sans regarder la route.
D’ailleurs, la majorité des accrochages « sans raison apparente » sur le réseau secondaire ou urbain s’expliquent souvent par cette micro-distraction, au moment d’une file soudainement ralentie ou d’un feu qui passe au rouge.

Les effets concrets du téléphone sur la conduite

Ralentissement du temps de réaction

En discutant au téléphone, un conducteur mettra environ une seconde de plus à réagir à un événement imprévu. Or, sur autoroute, cette seconde se traduit par près de 30 mètres supplémentaires avant de freiner — une distance suffisante pour éviter ou, au contraire, percuter un obstacle. C’est la cause principale des collisions par l’arrière lorsqu’un automobiliste utilise son téléphone.

Perte de vigilance et erreurs de trajectoire

La focalisation cognitive induite par la conversation téléphonique réduit la capacité à percevoir les changements dans l’environnement (freinages du véhicule devant, signalisation ponctuelle, conducteur hésitant, présence sur le bas-côté, etc.). Cette « cécité d’inattention » est souvent involontaire. Le suivi de trajectoire devient moins précis et le conducteur a tendance à dévier vers les lignes blanches ou à louper une sortie, à l’exemple des accidents constatés en sortie d’autoroute ou de rond-point.

Multiplication des infractions « accidentogènes »

  • Oubli du clignotant ou refus de priorité
  • Vitesse excessive ou, à l’inverse, allure anormalement réduite
  • Changements de files hasardeux ou non signalés
  • Non-respect d’un stop ou d’un feu tricolore

Un point sur la législation française

Le Code de la route est de plus en plus strict concernant l’usage du smartphone. Tenir un téléphone en main, même à l’arrêt à un feu rouge, constitue une infraction de classe 4.
Sanction : 135€ d’amende et retrait de 3 points sur le permis. Depuis 2022, les policiers et gendarmes ont la possibilité de suspendre le permis de conduire sur place si cette infraction est constatée en même temps qu’une autre règle non respectée (stop, feu rouge, vitesse excessive, etc.).
Concernant le kit mains libres, la France autorise son usage, sauf pour les dispositifs à conduction par l’oreille (tous types d’oreillettes, y compris sans fil), qui restent interdits.


La réalité du risque : chiffres et études majeurs

  • Multiplie par 3 le risque d’accident corporel (source ONISR)
  • 1 conducteur sur 2 avoue utiliser son téléphone au volant sur les trajets quotidiens
  • L’usage du mobile est impliqué dans plus de 10% des accidents mortels
  • Le temps de réaction augmente de 30 à 50% lors d’une conversation vocale

Pourquoi certains continuent malgré tout ?

Le téléphone est devenu un réflexe social, parfois même une nécessité professionnelle. Certains conducteurs invoquent les urgences familiales, l’organisation du quotidien, ou, pour les professionnels, la pression de la réactivité.
La miniaturisation des smartphones, la connectivité permanente dans l’habitacle et la banalisation des gestes contribuent à minimiser la perception du danger (biais d’optimisme : « ça ne m’arrivera pas à moi »).
Les campagnes de prévention rappellent pourtant que même les conducteurs expérimentés ne sont pas immunisés contre l’erreur de focalisation et le relâchement de l’attention.

Comment réduire réellement le risque ? Nos conseils pratico-pratiques

  • Avant le départ : prévenir ses proches de son prochain trajet, activer un message d’absence ou de retour d’appel automatique (paramètre disponible sur de nombreux smartphones)
  • En voiture : activer le mode « conduite » ou « ne pas déranger » qui coupe notifications et appels non urgents
  • En cas d’appel ou de message indispensable : s’arrêter sur une aire de service, un parking ou une bande d’arrêt d’urgence (jamais sur la bande roulante)
  • Pour les professionnels : privilégier les créneaux d’appels lors des pauses réglementaires
  • Ne jamais consulter de messages ni rédiger de SMS en roulant : chaque seconde d’inattention multiplie la prise de risque
  • Éduquer son entourage : inciter collègues, amis, famille à respecter votre sécurité en comprenant que conduire implique une absence de réponse immédiate

Vers quelles évolutions ? Technologies et perspectives

Constructeurs et équipementiers dévoilent chaque année de nouveaux outils censés minimiser la tentation du portable : reconnaissance vocale évoluée, commandes gestuelles, assistances dédiées et filtrage intelligent des notifications.
Mais ces innovations peuvent avoir une double facette : trop d’interfaces ou de sollicitations numériques embarquées risquent elles-mêmes de devenir sources de distractions si elles ne sont pas conçues avec une logique « sécurité d’abord ».

Conclusion : la vigilance reste l’atout maître

Au volant, aucune conversation n’a la priorité sur la vie. Utiliser son téléphone, même « juste une minute », c’est accepter d’introduire une zone aveugle de plusieurs dizaines de mètres, où aucun conducteur, quelle que soit son expérience, ne peut anticiper ou réagir comme il le ferait normalement.
La meilleure décision ? Faire du temps passé au volant un moment déconnecté, consacré à l’attention, à la route, et à ceux qui la partagent avec nous.

Pour vos prochains trajets, une seule règle : laissez le mobile de côté et soyez, vous aussi, acteur d’une sécurité routière partagée.

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