Électrique & hybride

Le recyclage des batteries : où en est la filière en 2024 ?

Par Maxime
5 minutes

Un enjeu crucial pour l’avenir des véhicules électriques

L’essor de la mobilité électrique s’accompagne d’un grand défi : que faire des batteries une fois hors d’usage ? Face à l’augmentation du parc automobile électrique, la question du recyclage des batteries est devenue centrale en 2024, tant pour des raisons environnementales que stratégiques. Où en est concrètement la filière aujourd’hui ? Qui recycle, comment et à quels coûts ? Panorama d’une chaîne qui se structure à marche forcée, entre innovations techniques et contraintes réglementaires.


Des volumes en forte croissance et des enjeux multiples

Les ventes de véhicules électriques (VE) explosent en Europe : plus de 15 % du marché neuf, près de 1,5 million de modèles immatriculés rien qu’en France depuis 2010. Mais les premières batteries lithium-ion arrivées sur nos routes tirent désormais leur révérence, après 8 à 12 ans de services. D’ici 2030, 200 000 tonnes de batteries seront à traiter chaque année en France. Cela implique d’anticiper tout le cycle de vie : récupération, traitement et valorisation des composants.


Les enjeux sont triples :

  • Écologiques : limiter les déchets dangereux et récupérer des métaux rares pour limiter l’extraction minière.
  • Économiques : sécuriser une filière industrielle et l’approvisionnement en matières premières.
  • Réglementaires : répondre aux objectifs fixés par l’Union Européenne sur la collecte et le recyclage.

Comment le recyclage fonctionne-t-il  ?

Une batterie de VE se compose principalement de lithium, nickel, cobalt, manganèse, cuivre, aluminium et de plastiques. Le défi : extraire au maximum ces métaux pour les réutiliser. Plusieurs étapes interviennent :


  • Démontage des modules et dépollution (neutralisation, retraitement des électrolytes).
  • Broyage et séparation mécanique pour obtenir la « black mass », poudre riche en métaux.
  • Traitements chimiques permettant d’isoler chaque élément : hydrométallurgie, pyrométallurgie (haut-fourneau), et de plus en plus, des procédés plus propres.

En 2024, le taux global de recyclage effectif des métaux précieux atteint entre 60 et 80 %. Mais certaines filières, comme le lithium, peinent encore à dépasser 50 %, contre 95 % pour le cobalt ou le nickel.


La filière française et européenne se structure

Pour la première fois, la France dispose d’acteurs de rang international spécialisés dans le recyclage des batteries. Suez, Veolia, Paprec, le groupe minier Eramet, mais aussi des start-ups comme Mecaware ou Recyc’Elit investissent massivement dans ce secteur. Plusieurs gigafactories de recyclage ont vu le jour, notamment à Dunkerque, Le Havre ou Lyon, capables de traiter plusieurs milliers de tonnes par an.


  • Enedis collecte les batteries usées auprès des garagistes, centres VHU et concessionnaires.
  • Recyclico, Euro Dieuze, SNAM sont également des partenaires de la collecte et du traitement.

Parallèlement, un vaste écosystème s’organise dans toute l’Europe autour des géants Umicore, Tesla (par sa filiale Redwood Materials) ou l’allemand Duesenfeld. La majorité des batteries circulaient encore récemment vers la Belgique ou l’Allemagne – la France rattrape progressivement son retard.


Des règlementations plus strictes en vigueur

Depuis 2023, le Règlement européen (Battery Regulation) impose un cadre beaucoup plus ambitieux :

  • Taux de collecte obligatoire : 100 % pour les batteries de voitures et 70 % pour les batteries portables d’ici 2030.
  • Obligation de recyclage des principaux métaux (lithium, cobalt, nickel) avec des taux minimaux : 50 à 90 % suivant les éléments.
  • Traçabilité numérique via passeport batterie, garantissant l’origine et le suivi de chaque module.
  • Intégration de matériaux recyclés dans les nouvelles batteries (fixé entre 16 % pour le cobalt, 6 % pour le lithium et le nickel dès 2030).

Cela oblige constructeurs et recycleurs à redoubler d’efficacité pour assurer leur conformité et accéder au marché européen.


Le réemploi, une alternative en plein essor

Toutes les batteries n’atterrissent pas d’emblée chez le recycleur. Une partie d’entre elles, encore utilisables (avec 60 à 80 % de leur capacité d’origine), entament une seconde vie : elles sont réaffectées au stockage stationnaire d’énergie (autoconsommation solaire, backup de réseaux, dispositifs d’appoint chez les industriels). Cela permet d’allonger la durée d’exploitation de la batterie de 5 à 10 ans et de retarder le passage au recyclage.


  • Renault, Stellantis et Nissan proposent des programmes de rétrofit ou de reconditionnement pour ces batteries dites « second life ».
  • Des start-ups françaises (Tiamat, Duralamp, Batteries For People) participent également à cette réaffectation.

Le réemploi n’est cependant viable que pour un nombre limité de modules et pose le défi du diagnostic précis et du standard de sécurité. À terme, toutes finiront par passer en centre de recyclage.


Quels défis subsistent encore ?

La filière du recyclage des batteries progresse, mais plusieurs verrous techniques et pratiques restent à lever :

  • Le coût logistique : acheminer des batteries, souvent lourdes et classées matières dangereuses, nécessite procédures et équipements spécialisés.
  • L’hétérogénéité des technologies : chaque constructeur a ses propres chimies et formats (NMC, LFP, pouch, cellule cylindrique), compliquant la standardisation du recyclage.
  • La rentabilité : la valeur des matériaux extraits fluctue, et certains procédés demeurent énergivores ou générateurs de rejets toxiques.
  • Le manque de visibilité sur les volumes futurs : combien de batteries arriveront réellement en fin de vie chaque année ? Difficile à estimer avec précision.

La R&D se concentre sur l’amélioration des rendements, le développement de processus plus sobres en énergie (hydrométallurgie douce, extraction par solvants propres...) et sur la conception de batteries recyclables « dès la conception » (éco-design).


Des perspectives prometteuses pour l’industrie

Si le recyclage était jusqu’ici marginal dans la chaîne de valeur, il devient désormais un secteur clé de la souveraineté industrielle. L’Europe ambitionne de traiter sur son sol 100 % de ses batteries en fin de vie d’ici 2035, créant au passage des milliers d’emplois qualifiés et réduisant sa dépendance aux importations de métaux stratégiques (cobalt, nickel, lithium).


Le marché du recyclage des batteries pèse déjà plus d’un milliard d’euros en France et devrait atteindre 10 milliards à l’échelle européenne d’ici la prochaine décennie. Les alliances entre constructeurs, start-ups, énergéticiens et recycleurs se multiplient pour sécuriser l’accès à la « matière première secondaire » – une nouvelle ressource stratégique.


Recyclage des batteries : mode d’emploi pour l’automobiliste

Pour l’utilisateur d’un véhicule électrique, peu de démarches à prévoir : à la fin de vie, les batteries sont reprises gratuitement via les réseaux de marques, centres agréés ou garages partenaires. Ne jamais essayer de démonter une batterie soi-même, ni de la déposer en déchetterie classique : les technologies sont sensibles et potentiellement dangereuses pour la sécurité et l’environnement.


En choisissant un véhicule électrique neuf ou d’occasion, on peut aussi vérifier l’existence d’un certificat de santé de la batterie, garant de sa durée de vie restante et de conditions de reprise optimales en fin de service.


Le recyclage, pierre angulaire du « cercle vertueux »

L’électromobilité n’a de sens que si elle s’accompagne d’une véritable économie circulaire. Si la filière française (et européenne) du recyclage des batteries n’a pas encore atteint son plein potentiel, les progrès réalisés ces deux dernières années laissent entrevoir une généralisation du recyclage à grande échelle et une diminution de l’impact environnemental global des véhicules électriques.


En attendant, l’information des automobilistes, le réemploi en stationnaire, et la montée en puissance des activités industrielles sont autant d’éléments rassurants. L’automobiliste peut désormais rouler « branché » en sachant que sa batterie ne finira plus à la casse, et qu’au contraire, elle a toutes les chances d’offrir plusieurs vies, puis d’être transformée en matériaux pour les générations de voitures à venir.


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